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Oum Kalsoum
"La voix et le visage de l'Egypte", "la diva du monde arabe". Oum Kalsoum était l'une des plus grandes chanteuses du XXème siècle, dotée d'une voix exceptionnellement expressive et d'une personnalité hors du commun. 100 ans après sa naissance son rayonnement reste incontestable. Certaines personnes traversent le siècle, laissant une marque indélébile dans leur époque et dans l'Histoire. Etoile persistante dans le ciel de l'humanité, Oum Kaltsoum est de ces figures légendaires dont le renom dépasse les frontières de leur pays et de leur art. Oum Kaltsoum est née approximativement au début du 20ème siècle (la date la plus souvent avancée est le 4 mai 1904), dans un petit village de campagne, au sein d'une famille pauvre. Celle qui devait devenir la star du monde arabe a toujours fièrement revendiqué ses origines modestes. Sans doute parce que son père était l'imam du village, la petite fille commence à fréquenter l'école coranique à l'âge de 5 ans ; c'est là qu'elle a appris sommairement à lire et à écrire (ce qui ne l'empêchera pas plus tard d'éplucher et de négocier elle-même ses contrats). Femme pleine de paradoxes, Oum Kaltsoum déclarait pourtant dans certaines interviews que son père étant trop pauvre pour lui payer des livres, seul son frère avait eu accès à l'école. Pour boucler les fins de mois, son père interprète des chants religieux dans les mariages. En l'écoutant, Oum Kaltsoum se forge ainsi un répertoire et une technique vocale surprenants pour une enfant. Peu à peu, on lui demande de se produire dans les villages environnants. Son père est d'abord réticent, puis accepte de voir sa fille chanter devant des publics de plus en plus nombreux. En 1923, Oum Kaltsoum part s'installer au Caire pour poursuivre sa carrière. Là, elle rencontre le chanteur/compositeur Abu-Muhammad qui devient son mentor. Il lui fait rencontrer le poète Ahmad Rami qui initie la jeune fille à la littérature arabe. Peu à peu, elle acquiert l'élégance et les manières de l'élite. Des chansons que lui avait apprises son père, son répertoire s'élargit aux chansons populaires. Mais il reste un peu démodé ; elle se tourne alors vers la génération des jeunes compositeurs qui foisonnent au Caire dans cette fin des années 20. Entre 1920 et 1930, Oum Kaltsoum commence à graver des enregistrements commerciaux et devient de plus en plus populaire. Elle est de plus en plus souvent l'invitée de la radio nationale égyptienne, participe à des films... Grâce à tous ces moyens de diffusion, sa renommée s'étend désormais à tout le monde arabe. La célébrité venant, elle décide de prendre sa carrière en main et se débarrasse des agents, discutant elle-même ses contrats de manière intransigeante.Tout au long des années 40, la star vivra son âge d'or. Les compositeurs et les poètes les plus prestigieux lui écrivent des chansons, tandis qu'Oum Kaltsoum consolide ses assises, devenant notamment présidente de l'Union des Musiciens ET membre du comité qui sélectionne les titres diffusés sur la radio nationale égyptienne. Ses coups de colère et ses réparties cinglantes font trembler tout le monde. Mais, dans le même temps, sa santé commence à se dégrader sérieusement. Son foie la fait souffrir et les médecins lui ordonnent des séjours en cures thermales. En 1946, elle doit interrompre momentanément sa carrière pour se soigner. L'année suivante, la mort de sa mère, puis de son frère Khali, auxquelles vient s'ajouter une grande déception sentimentale, la plongent dans la dépression. De surcroît, de sérieux problèmes ophtalmologiques et de thyroïde la minent. De séjours en hôpital en mariages avortés, la vie d'Oum Kaltsoum commence à ressembler à un feuilleton que le monde entier suit avec attention. Certains épisodes entrent de plein pied dans sa légende, qui est en train de se former de son vivant (notamment les fiançailles avec un prince de sang, auxquelles s'oppose la famille royale). La chanteuse incommensurable apparaît solitaire dans sa tour d'ivoire, fragile, malade, sans qu'aucun prince charmant ne puisse l'atteindre. Finalement, dans la liesse populaire, elle épouse un de ses médecins en 1956. Entre-temps a eu lieu la Révolution. Oum Kaltsoum, comme la plupart des artistes égyptiens, l'accueille avec enthousiasme (ses relations avec le pouvoir précédemment en place n'étaient pas assez avancées pour la compromettre). Mais sa santé défaillante l'oblige à ralentir sa carrière, annuler des concerts et des tournées... A partir de 1967, elle est obligée de porter des lunettes noires la plupart du temps. En 1972, une sérieuse alerte cardiaque la force à interrompre une tournée... Lorsqu'elle s'éteint le 21 janvier 1973, le monde arabe entier se met en deuil. Dès l'annonce de son hospitalisation, la radio syrienne avait installé une ligne de téléphone près de l'hôpital pour diffuser heure par heure des bulletins de santé et les principaux quotidiens égyptiens diffusaient chaque jour des nouvelles de son état. Son décès provoque de tels mouvements de foule que les autorités décident de reporter les obsèques de 2 jours afin de permettre aux pleureurs du monde entier de rejoindre le Caire. Et, le jour de l'enterrement, des millions d'égyptiens en pleurs arrachent le cercueil du cortège officiel pour le porter pendant plus de trois heures à travers les rues du Caire, marquant des arrêts dans les lieux qu'elle avait particulièrement aimé. Si Oum Kaltsoum avait souvent été la représentante officielle de l'Egypte de son vivant, cet hommage spontané à sa dépouille l'a rendue au peuple. Comme si, dès le jour de sa mort, Oum Kaltsoum entrait dans ce musée d’où l'on ne disparaît jamais : celui de la mémoire et du cœur d'un public anonyme, sans distinction de classe sociale. Oum Kaltsoum n'en finit pas de revenir sur le devant de la scène puisque, aujourd'hui encore, un feuilleton sur sa vie est en train d'exploser tous les audimats des télés du monde arabe.
Magali Bergès
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